La Pépite du Bac : "Jumping The Shark" d'Alex Cameron

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Le titre de l'album "Jumping The Shark" est à la base une expression qui désigne les rebondissements invraisemblables qu'utilisent les auteurs d'une série télévisée pour maintenir l'intérêt de ses spectateurs. Le terme vient de la série Happy Days (dont le début du générique "Sunday, Monday, Happy Days" a été repris par Carrefour pour faire de la pub...) quand Fonzie saute littéralement au dessus d'un requin en ski nautique. 

     

Alex Cameron, lui, utilise cette expression à travers ses chansons. Il dresse le portrait de "losers" qui sombrent dans la décrépitude la plus totale mais qui cherchent aussi à se convaincre eux-mêmes que la vie va les remettre à flot de quelque manière qui soit.

Il commence dès le premier morceau avec "Happy Ending" où il évoque un trader qui se retrouve subitement au chômage et qui essaie de convaincre sa petite amie qu'il n'est pas un raté, bien qu'il ai perdu tout son argent et retourne habiter chez ses parents. Il finit par lui dire à la fin du morceau que si elle ne se remet pas avec lui, il ira prendre du bon temps à Chinatown. Alex nous plonge tout de suite dans l'ambiance grâce à sa voix de crooner désabusé sur un fond de claviers eighties à souhait et de boîte à rythmes qui constitueront la marque de fabrique de l'album.

 

On trouve cette formule particulièrement efficace sur l'un de nos morceaux préférés "Real Bad Lookin'". Les nappes de clavier viennent s'ajouter au fur et à mesure du titre avant d'être rejoints par le fuzz de la guitare électrique.  Il évoque, de manière humoristique, deux piliers de bar. L'un est une femme alcoolique qui se saoule la gueule pendant que ses enfants sont enfermés dans la voiture, l'autre est un homme d'affaires véreux qui se prétend riche alors que sa carte bleue ne passe pas pour payer les (nombreux) coups qu'il a commandé. 

     

C'est ainsi que les portraits de personnages disgracieux s'enchaînent sur l'album. Ils sont décrits sur des titres comme "The Comeback" où il est question d'un présentateur télé fraîchement remercié qui cherche à prouver qu'il réussira à faire son grand retour ou avec le titre "Internet", qui évoque les personnes qui veulent bâtir une carrière à partir de leur buzz créé sur la toile. 

On ne peut s'empêcher de penser qu'Alex Cameron se dépeint aussi lui même à travers ses portraits quand on s'intéresse au contexte dans lequel l'album est sorti. En effet, le chanteur a mis tout son argent dans la conception de son album et l'a mis à disposition en téléchargement gratuit sur internet en 2013, dans l'indifférence générale. Mais contrairement à ses personnages, il a finalement réussi à trouver son public grâce à des musiciens comme Unknown Mortal Orchestra, Angel Olsen ou encore Foxygen qui lui ont donné un vrai coup de pouce en le faisant tourner avec eux. Mac deMarco a même tourné un clip humoristique avec son bassiste pour lui faire de la pub, retrouvez-le ci-dessous.

C'est finalement en 2016 que l'album est ressorti sous le label Secretly Canadian (qui nous a fait découvrir des artistes comme Whitney). Entre-temps, son public s'est élargi grâce à sa forte présence scénique. On a pu le constater quand on l'a découvert sur scène en première partie d'Unknown Mortal Orchestra au Trabendo en juin 2016. Avec ses cheveux plaqués, sa chemise entrouverte, son maquillage, ses mouvements de danse improbables et accompagné de son saxophoniste Rory, il faisait figure d'ovni sur scène. 

On retrouve sa façon unique de danser sur les clips des morceaux les plus énergiques de l'album comme "Mongrel" ou le superbe "She's Mine" que l'on vous propose de découvrir. 

     

Depuis la sortie de "Jumping The Shark", Alex Cameron a enchaîné les collaborations comme avec Angel Olsen sur son dernier album "Forced Witness" ou en co-écrivant des morceaux sur le dernier album des Killers "Wonderful Wonderful".

Plus récemment encore, on l'a retrouvé dans le clip de son morceau "Miami Memory" avec l'actrice Jemima Kirke, de la série à succès "Girls". 

Si ces collaborations n'ont rien de déplaisant et nous font prendre conscience du chemin parcouru par Alex, on vous conseille tout de même de vous replonger dans l'album "Jumping The Shark" qui reconstitue à merveille l'âme brute et l'imagination du chanteur australien. 

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Valentin, pour Le Bruit du Sillon

valentin@lebruitdusillon.com