La Pépite du Bac : « Sex & Food » d'Unknown Mortal Orchestra

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Il n'est jamais facile de sortir de sa zone de confort, surtout quand vous vous retrouvez à affronter la pire saison des moussons au Vietnam ou encore un terrible tremblement de terre au Mexique. Habitué au calme et à la sérénité du sous-sol de sa maison à Portland,  pour l’enregistrement de ses trois derniers albums, Ruban Nielson, la tête pensante d’Unknown Mortal Orchestra, s’est pourtant finalement décidé à parcourir le globe pour constituer « Sex & Food ».

 

C’est tout d’abord son amour pour Jimi Hendrix qui le pousse à partir.  A Woodstock, ce génie de la musique parvenait à envoyer un message fort contre la guerre du Vietnam rien qu’avec son jeu de guitare et son interprétation de l’hymne américain.  Ruban a décidé de partir au cœur de cette inspiration, au Vietnam, et a cherché à établir un parallèle avec la situation politique actuelle des Etats-Unis. On le sent très bien avec le lourd riff gorgé de fuzz d’« American Guilt » mais aussi avec les chansons très pessimistes, voire alarmistes, comme« Ministry of Alienation » ou « Major League Chemicals ».

 

Après avoir profité de la pluie continue du Vietnam pour laisser libre court à sa créativité dans le confinement d’un studio (il finira même pas enregistrer un autre album expérimental avec des musiciens du coin), Ruban part retrouver le soleil du Mexique pour la suite de l’album mais les ennuis n’en finissent pas pour autant.  Un puissant séisme l’oblige à s’abriter dans un parc avec le reste de la population du quartier. Le chanteur est alors témoin de l’immense élan de solidarité entre les habitants, qui lui paraît alors bien loin de la complexité des rapports sociaux et l’individualisme prégnant de notre société occidentale. Il l'exprime bien sur les titres comme « Everyone Acts Crazy Nowadays » ou « The Internet of Love (That Way) ».

Mais ce n’est pas seulement la société et nos gouvernements qui perturbent l’esprit de Ruban mais aussi ses démons intérieurs, à savoir la drogue et la complexité des rapports amoureux, comme il l’avait fait sur le précédent album « Multi Love » (également dispo sur notre shop).  Il le montre, à l’aide d’accords plaqués sur un vieux Wurlitzer sur le titre « Not In Love (We’re Just High) ». Il va même jusqu'à montrer qu’il est capable de quitter ses amis les plus enfoncés dans la drogue avec la ballade et titre final de l’album « If You’re Going To Break Yourself ».

En retournant dans son pays natal, la Nouvelle-Zélande, Ruban y enregistre l’un des plus beaux morceaux de l’album, « Hunnybee » , une chanson plus douce et légère qu’il dédie à sa fille.  Avec le clip de ce titre, il évoque les risques et périls sous-jacents de l’existence via la métaphore d’un voyage en train mais le happy end montre son optimisme retrouvé.

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Valentin, pour Le Bruit du Sillon

valentin@lebruitdusillon.com